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Tendance: les "jardins naturalistes" - Horti - culture

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19 jan

Tendance: les "jardins naturalistes"

Jardins-naturalistes_WisleyPrenant exemple sur la nature pour la magnifier, les plantations naturalistes mettent principalement en scène des plantes vivaces robustes, longévives, saines et graphiques. Celles-ci assurent également un spectacle durable, se prolongeant même avec l'attrait de leur fanaison, fructification ou silhouette hivernale. Peu sujettes aux maladies et prédateurs, elles ne demandent que peu de soins (pas de traitement phytosanitaire donc, de fertilisation, de tuteurage, d'arrosages assidus) et se naturalisent aisément pour former rapidement des populations harmonieuses et attrayantes. Leur coût d'installation (plantation ou semis direct) et d'entretien s'avère minime.

Des plantations et des hommes

Le Hollandais Piet Oudolf est incontestablement le chef de file de cette nouvelle approche qui conjugue économies de coûts d'installation et d'entretien, respect de l'environnement et développement durable. De telles réalisations sont dorénavant nombreuses en Suède,  en Hollande, en Grande-Bretagne, au Luxembourg et aux Etats-Unis alors que la France reste manifestement en retrait.

HydeHall-RHS-GB  Une gamme nouvelle de plantes sélectionnées…

Les espèces et variétés employées à dessein sont majoritairement des plantes vivaces, en bien moindre proportion des sous-arbrisseaux ou arbrisseaux.  Ce sont des espèces types éprouvées ou bien des variétés ou cultivars gratifiants, sélectionnés pour leur facilité de culture, leur résistance aux maladies, mais surtout leur belle fanaison, leur graphisme, leur bon comportement au fil des saisons.

Une telle esthétique naturelle impose le rejet de plantes par trop sophistiquées, à feuillage panaché ou à fleurs doubles ou alambiquées, car elles sont dédaignées par la faune.

L'apport, en terme de biodiversité,  des flores américaines et asiatiques est aussi indéniable et il contribue à instiller, parfois, une atmosphère "exotique" (dans le sens premier du terme), étonnante, dépaysante à certaines réalisations.

Parmi les végétaux incontournables, on retrouve quantité de graminées ou autres plantes graminiformes, souvent employées en trames (matrix planting), ainsi que des ombellifères et de nombreuses astéracées… qui renforcent l'aspect naturel et captent en abondance la faune des alentours.

Des saisons prolongées

Typiquement, ce type de "compression végétale" composée en partie de vivaces de haute taille prend toute son ampleur au fil des mois pour un apogée en fin d'été. Si l'attrait automnal et hivernal n'est plus à démontrer grâce à de somptueuses fanaisons magnifiées par les frimas, l'attrait tôt en saison est parfois estompé au profit d'un effet de crescendo. L'apport de flopées de bulbes à naturaliser, sélectionnés sur le volet et installés parmi les touffes vivaces ou parmi l'herbe des prairies fleuries, permet aisément de pallier la cette critique communément colportée.

Des paysagistes tels que Sylvie et Patrick Quibel (le Jardin Plume -76-) proposent également une solution séduisante : créer des scènes naturalistes spécialement dédiées aux floraisons printanières ou automnales afin de célébrer chaque saison comme il se doit.

Une large palette de déclinaisons

De telles réalisations se déclinent indifféremment en plate - bandes, en prairies fleuries issues de semis, en jardins de graviers simulant un biotope de rocaille ou de garrigue (et de fait réalisables sur dalle). Elles sont également envisageables en milieux humides ou en sous-bois (comme dans les Heemparken à Amstelveen -NL-).

Dans un esprit encore plus "créatif", certains paysagistes n'hésitent pas à proposer des "tensions créatives" en juxtaposant, en contraste, le sauvage et le cultivé, en incluant des plantations naturalistes dans un cadre très formel, voire historique (Trentham Estate –GB-). Christophe Valayé (F), quant à lui, fait cohabiter des vivaces triées sur le volet avec des plantes topiaires.


Dans la pratique,  le paysagiste a, en fait, le choix entre :

- la création de plantations naturalistes sous forme de massifs,

- l'exploitation d'un biotope naturel avec des plantes adaptées, 

- la recréation ex nihilo d'un biotope bien typé à la manière de Keith Wiley (GB).

L'installation se fait par plantation ou, formule plus économique, par semis direct en place. Dans ce dernier cas, des techniques précises et éprouvées, une sélection drastique des espèces et variétés s'avèrent indispensables. Nous sommes alors loin des mélanges fleuris actuellement proposés et composés, pour la plupart, de semences de fleurs annuelles > effet spectaculaire certes garanti, mais peu durable. Les enseignements de James Hitchmough (Université de Sheffield –GB-) sont d'autant plus précieux pour réussir des prairies fleuries aussi attrayantes que stables dans leur durée.

De son côté, Cassian Schmidt du Hermannshof de Weinheim (D) a testé et éprouvé des techniques culturales facilitant et réduisant l'entretien.

 

Une passerelle vers la nature

WEbbs:Noel-Kingsbury  Les plantations naturalistes permettent, en milieu urbain, aux citadins en manque de nature de rester connectés au végétal, ceci au tempo des saisons. Ces plantations sont mouvantes et émouvantes, les plantes géantes (éventuellement de type mégaphorbiaie) faussant les échelles de grandeur pour nous replonger dans des sensations, des atmosphères d'enfance. L'occasion est aussi donnée de démontrer, mettre en valeur les cycles incontournables de croissance et décroissance (flagrants avec les vivaces) ainsi que les effets saisonniers. Une variation au fil des années est apportée par des espèces plus volages et vagabondes, voire éphémères (semis naturels faisant référence aux jardins "en mouvement" chers à Gilles Clément).

Des niches écologiques

Par leur diversité végétale, les interventions d'entretien réduites, les plantations naturalistes sont propices à l'installation de moult insectes et de toutes sortes d'animaux contribuant à reconstituer ainsi un micro-écosystème stable et durable, quasi autonome. Les insectes, tout particulièrement, font vivre, bruisser ces espaces de vitalité.

Les "jardins naturalistes" représentent le chaînon manquant entre la pratique traditionnelle,  horticole, et une politique de gestion différenciée. Ils permettent de "jardiner la nature autrement". Ils favorisent la création de véritables couloirs ou corridors de biodiversité permettant de fixer, encourager et maintenir la richesse de la faune à proximité et s'infiltrent ainsi dans les zones urbaines.

En milieu plus fermé, peuplé d'essences ligneuses (bois, bosquets, lisière de forêt), elles assurent des transitions douces, elles proposent des strates intermédiaires évoquant les populations végétales naturelles, assurant ainsi une cohérence de lecture de notre nouvel environnement. 


Sur les pas de Jean-Henri Fabre, naturaliste - observateur.

Les visiteurs, qu'ils soient petits ou grands, sont naturellement attirés par ces lieux d'émotions où ils deviennent véritablement acteurs du paysage. L'opportunité leur est ainsi donnée d'investiguer le vaste domaine des sciences naturelles (fonction pédagogique indéniable).

De fait, de tels lieux sont propices à l'inspiration, au bien-être, au ressourcement. 


Dans le cadre des nouvelles "Rencontres de Chaumont" un colloque est programmé sur le thème des "Jardins naturalistes" avec une brochette de spécialistes européens les 23 et 24 juin 2009. Visualisez et/ou téléchargez la plaquette d'information..


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